L'AVENEMENT DE JOACHIM STILLER

De : Harry Kümel

Avec : Hugo Metsers, Cox Habbema, Willeke Van Ammelrooy, Dora Van der Groen
Belgique, 1976, PAL, 4/3 - 153 min
toutes zones, couleur, dolby digital 2.0


Indisponible à la vente actuellement


Titre original : DE KOMST VAN JOACHIM STILLER

Langue : néerlandais
Sous-titres : français, néerlandais, anglais

Ce film nous raconte de quelle manière Freek Groeneveld et Simone Marijnissen tombent sous l’emprise mystérieuse de Joachim Stiller, un homme étrange, qui, chaque fois sous une apparence différente, influence leur vie. Petit à petit, il devient clair que les supposées mauvaises intentions de Stiller ne sont en fait rien de moins que les actes voulus d’un personnage messianique.

Avec le film LES MOUETTES MEURENT AU PORT, déjà édité dans cette série, le trio Verhavert-Michiels-Kuypers donnait un aperçu de l’ambiance qui régnait à Anvers au milieu des années cinquante.

Pas uniquement une impression matérielle, urbaine – le port, la nouvelle et la vieille ville – y était illustrée, mais également le mental du paysage. Peu de films ont pu capturer de façon aussi frappante l’ambiance culturelle d’après-guerre. Le frisson de l’horreur colle encore aux pavés luisants sous la pluie. Tandis qu’à côté le nouveau monde se construit.

De la même façon, L'AVENEMENT DE JOACHIM STILLER donne une image d’Anvers au milieu des années soixante-dix. Tous les points de repères se retrouvent d’une manière ingénue devant la caméra : la Sinksenfoor, l’avenue Cogels Osy, la gare du Dam, jusqu’à l’Hôtel de Ville avec la statue du Brabo. En même temps, il y a les soutiens-gorge coloriés de Willeke van Ammelrooy qui sèchent au soleil et Ward de Ravet, déguisé en directeur de galerie extravagant, démarre à toute allure dans sa voiture de sport rouge. Toute une série de détails reproduisent agréablement l’ambiance des Seventies en Flandre : dans l’art, on expérimente à cœur joie, et la libération sexuelle est devenue évidente. Les folies et l’extravagance sont dans l’air, et malgré tout, l’individu ressent un malaise envers la société et le pouvoir. L’ésotérisme et le réalisme magique attirent et séduisent.

Étrangement, l’auteur de ce film s’appelle Harry Kümel, un cinéaste qui crée généralement des films qui sont détachés de l’époque pendant laquelle ils sont tournés. Tellement détachés, qu’il devient difficile de les dater. Dans toute l’œuvre de ce cinéaste, L'AVENEMENT DE JOACHIM STILLER est l’œuvre la plus atypique. Dans ses autres films, on ne retrouve pas cette aisance, ni cette nonchalance, ni cette hâte. La grandiloquence des dialogues sort tout juste du livre d’Hubert Lampo. Le ton n’est plus de notre époque, mais à l’intérieur d’un concept d'exercices de styles kitschs des années soixante, ce mode d’expression littéraire est un composant important. Ce que ce récit, avec son expression pesante, signifie exactement, n’est pas immédiatement compréhensible mais cela n’a aucune importance. Par sa plaisante désinvolture, nous voici en présence d’un élégant « much ado about nothing », qui n’a rien perdu de sa valeur en tant que spectacle et reste également accessible à un large public.

Voilà pourquoi ce film plaisant a été choisi comme un petit extra, une douceur en quelque sorte, parmi les 10 titres déjà parus dans la série « Chronique des films flamands ». Au sens strict, L'AVENEMENT DE JOACHIM STILLER est un film pour la télévision et n’a pas sa place dans cette série. D’autre part la notion de « télévision » n’a jamais vraiment été à l’ordre du jour chez Kümel. Mais quand il produisait des documentaires à la BRT, il les tournait en 35mm, format de la salle de cinéma. Peu après la sortie des trois épisodes de L'AVENEMENT DE JOACHIM STILLER à la télévision, il retravaillera ces épisodes en une seule version cinématographique d’à peu près deux heures. Aujourd’hui le cinéaste souhaite que les trois épisodes soient représentés intégralement comme un seul long-métrage. Raison pour laquelle les génériques entres les épisodes ont été supprimés.

Par le choix de ce film VRT, nous désirons également mettre en valeur le rôle joué par la télévision publique dans la création de séries. La VRT a livré une partie importante du matériel de prises de vue employé pour la production de documentaires d’archives auprès de ces différents films. La VRT a aussi collaboré à la digitalisation et à la restauration de L'AVENEMENT DE JOACHIM STILLER, comme précédemment pour L’HOMME AU CRANE RASE (également un film VRT).

Exceptionnellement, aucun documentaire n'a été réalisé par la Cinémathèque, afin de pouvoir proposer ce DVD à un prix économique auprès d’un public le plus large possible. Dans l’espoir évidemment que nous pourront le séduire pour la suite de l’histoire des films flamands…

Erik Martens