LE CONSCRIT

De : Roland Verhavert

Avec : Ansje Beentjes, Jan Decleir, Gella Allaert, Gaston Vandermeulen
Belgique, 1974, PAL, 16/9 - 83 min
toutes zones, N&B, dolby digital 2.0


Indisponible à la vente actuellement


Titre original : DE LOTELING
Titre anglais : THE CONSCRIPT

Langue: néerlandais
Sous-titres: français, néerlandais, anglais

Suite au succès de MIRA en 1971, le producteur Jan Van Raemdonck décide de poursuivre dans la même veine, celle de l'adaptation de grandes œuvres littéraires flamandes au cinéma, et en 1974, il produit LE CONSCRIT. Après Stijn Streuvels, c'est au tour de Henri Conscience, et de sa nouvelle éponyme de 1850, d'être portée à l'écran. Le film raconte l'histoire de Jan Braems, un paysan appelé sous les drapeaux et de sa fiancée Katrien. Suite aux conditions de vie précaire dans la caserne, Jan perd la vue, mais Katrien viendra le sauver. L'adaptation de la nouvelle est signée par le directeur des programmes de la BRT Nic Bal, assisté par le réalisateur Roland Verhavert, qui retravaille le récit plutôt naïf d'Henri Conscience, basé sur la récompense après l'épreuve et en fait un drame du destin, sombre et tout en retenue.

COMPLEMENTS
Documentaires :
LES ARCHIVES ROLAND VERHAVERT (32')
Un reportage du magazine télé Echo (BRT) sur le tournage du Conscrit à Diest en septembre 1973.

Court métrage LE DRAME TELE DOUCE (Roland Verhavert, 1970) sur l'amour destructeur d'un prêteur sur gages pour une jeune fille avec dans les rôles principaux Dirk Decleir (frère de Jan) et Marlene Edeling. D'après Dostoïevski, adapté antérieurement par Robert Bresson (Une femme douce, 1969).

Bandes-annonces
LES ADIEUX (HET AFSCHEID, 1966)
ROLANDE OU LA CHRONIQUE D'UNE PASSION (ROLANDE MET DE BLES, 1972)
LE CONSCRIT ( DE LOTELING, 1974)
PALLIETER (1976)
BRUGES LA MORTE (BRUGGE DIE STILLE, 1981)
PSAUME PAYSAN (BOERENPSALM, 1989)


LES ARCHIVES ROLAND VERHAVERT

7 janvier 1974: LE CONSCRIT est montré en première mondiale le 7 janvier 1974, au premier festival du film de Bruxelles. Pour mieux comprendre ce film qui semble tout de même assez inattendu en cette période riche en mouvements contestataires, deux dates sont essentielles.

La première est 1850, l'année où Henri Conscience écrit LE CONSCRIT. Une période difficile pour l'écrivain, à peine sorti d'une dépression due à ses ambitions politiques démesurées. La nature et la vie simple de la Campine lui font le plus grand bien. Il faut avoir ceci à l'esprit pour comprendre la teneur de cette nouvelle. Le vécu de Conscience s'y retrouve également: aux premières années de l'indépendance de la Belgique, l'écrivain s'était engagé comme volontaire dans l'armée. Tout comme son personnage, il était caserné à Venlo, dans la partie du Limbourg qui allait redevenir néerlandaise quelques années plus tard. Le trajet que le couple Jan et Katrien doit faire pour rentrer de Venlo chez eux à Westmalle, Henri Conscience l'avait lui-même effectué en tant que soldat de l'armée belge. Par contre, la nouvelle de Conscience ne s'étend pas tellement sur les conditions de vie dans ces casernes. On n'y retrouve que la cécité qui frappe Jan Braems et qui semble-t-il a touché des milliers de soldats à cette époque. La cécité est la conséquence de la malnutrition et de la mauvaise hygiène qui régnaient dans les casernes, mais aussi dans de larges couches de la population. Les dures conditions de vie dans la caserne, telles qu'on peut le voir dans le film sont en fait l’œuvre des scénaristes Nic Bal et Roland Verhavert, pas celle de Conscience. Cette cruauté, qui apparaît encore dans d'autres scènes a permis à Bal et Vehavert de neutraliser le ton sentimental et quelque peu naïf de Conscience. Il en résulte un accent plus naturaliste et moins romantique que dans la nouvelle.

L'autre année qui compte pour bien comprendre LE CONSCRIT est 1971. C'est l'année de MIRA, un film également produit par Jan Van Raemdonck et qui fait un succès inattendu en Flandre. Pour la première fois depuis la fin de la guerre, le public flamand va voir en masse un film flamand, ou plutôt un film flamando-néerlandais. La maison de production Kunst en Kino de Jan Van Raemdonck voulait évidemment rééditer ce succès. On se mit donc à la recherche d'un film dans la lignée de Mira: un film basé sur une œuvre d'un auteur flamand connu, situé dans un décor rural, avec un sentiment de malaise sous-jacent face à la complexité de l'industrialisation et de l'urbanisation de la société.

LE CONSCRIT n'est pas le dernier film à être tourné dans cette logique de production. On va assister à l'éclosion d'un genre, le film paysan, une appellation quelque peu péjorative. Il y aura encore une succession de films paysans basés sur des classiques de la littérature flamande. Beaucoup d'entre eux ont été produits par Jan Van Raemdonck, mais pas tous. Reste à savoir si l'essor du genre à quelque chose à voir avec l'émancipation culturelle et politique de la Flandre à la recherche de ses racines ou s’il relève de la simple logique commerciale de la production.

En tout cas, Roland Verhavert a livré à ce genre plusieurs œuvres, dont deux produites par Van Raemdonck: LE CONSCRIT d'après Henri Conscience (1974) et PALLIETER adapté de Felix Timmermans (1976). En outre, il a aussi réalisé en production propre le film PSAUME PAYSAN (1989), toujours d'après Timmermans. PSAUME PAYSAN est le dernier film qu'il a réalisé pour sa propre maison de production Visie mise sur pied en 1966 afin de mener à bien ses projets plus personnels.

Parmi ses projets plus personnels on compte ROLANDE OU LA CHRONIQUE D'UNE PASSION (1972) et BRUGES LA MORTE (1981). Dans ROLANDE OU LA CHRONIQUE D'UNE PASSION apparaît clairement la confrontation entre la vieille aristocratie terrienne et la culture urbaine moderne. Pareille confrontation se retrouve dans BRUGES LA MORTE d'après Georges Rodenbach (1981): Hugues Viane est un homme qui rejette le présent et vit au passé. En cela, il ressemble beaucoup au cinéaste qui après une période expérimentale moderne dans les années cinquante et soixante - avec beaucoup de commandes pour la télévision et des longs métrages comme LES MOUETTES MEURENT AU PORT et L'ADIEU, choisit résolument pour un passé lyrique et stylisé.

Le documentaire du DVD LES MOUETTES MEURENT AU PORT et L'ADIEU livre plus de détails sur cette période moderniste. On y explique notamment comment ROLANDE OU LA CHRONIQUE D'UNE PASSION constitue un tournant dans l'esthétique de Verhavert. A partir de ce moment, il se détourne de l'expérimentation formelle trop explicite. A partir de 1972, ses films se font plus accessibles pour un large public. Ceci se vérifie dans un certain nombre de ses films, même s'il subsiste une distance avec laquelle Verhavert met l'émotion en image, qui surprend encore l'essentiel du public.

S'il cultive une nostalgie et un romantisme sans borne dans son propre travail, les films qu'il soutient au travers de sa maison de production Visie permettent à toute une série de jeunes cinéastes d'explorer leur propre univers. Cette recherche débouche sur une grande diversité, mais à l'exception du long métrage De Witte van Sichem de Robbe De Hert, ces films ne toucheront jamais un grand public. Cette constatation n'enlève rien à l'importance que Roland Verhavert a eue dans le monde de la production cinéma en Flandre après la Deuxième Guerre mondiale. Sans aide extérieure, il a permis à de nombreux projets peu commerciaux de voir le jour, projets qui n'auraient pu compter sur la machine nettement plus commerciale de Jan Van Raemdonck.

Outre Jan Van Raemdonck, nous attirons également l'attention dans les Archives Roland Verhavert, sur le caméraman Herman Wuyts qui a en grande partie contribué à former l'univers visuel de Roland Verhavert. On dit souvent que si Herman Wuyts n'était pas disparu si jeune, le cinéma flamand aurait eu un autre visage.

En 1919, LE CONSCRIT avait déjà été porté à l'écran par Armand du Plessy, mais son film a totalement disparu mis à part quelques photos de journaux.

Erik Martens

« Une édition digitale exemplaire, avec des suppléments passionnants », LE VIF / L'EXPRESS

"Une édition digitale exemplaire, avec des suppléments passionnants"
Le Vif/L'Express