LE SOLEIL DANS LE FILET

De : Stefan Uher

Avec : Marian Bielik (Fajolo), Jana Belakova (Bela), Olga Salagova (Jana), Pavel Chrobak (Mechanizator Blazej), Adam Janco (Stohar Blazej)
Slovaquie, 1962, PAL, 4/3 - 94 min
zone 2, N&B,
8.00 €


Titre original: SLNKO V SIETI
Titre anglais : THE SUN IN A NET

Version originale slovaque sous-titr�e fran�ais

Fajolo est �tudiant � Bratislava. Il ne pense qu'� son transistor et � la photo. Avec sa petite amie Bela, il adore bronzer, sur le toit de sa maison. Bela vit dans une ambiance familiale d�testable, entre une m�re aveugle et un p�re qui est une v�ritable �pave. Fajolo ne comprend pas ses probl�mes et ne lui est d'aucune aide. Un jour, en col�re, elle casse son transistor. Fajolo, furieux, cesse alors de la voir. Mais il s'aper�oit tr�s vite qu'il tient � elle...

LE SOLEIL DANS LE FILET est consid�r� comme le 1er film de la nouvelle vague tch�que, le 1er coup de tonnerre moderniste d�une vague de r�alisateurs au talent fou, bient�t r�duits au silence par l�arriv�e des chars russes en 1968. Issu de la partie slovaque du pays, le film s�affranchit des dogmes de repr�sentation pour afficher un r�cit d�structur� mais ancr� dans le r�el, traitant de personnages en proie aux doutes, ou la langue de la rue fait une large place au pouvoir des images. Un chef d��uvre qui n�a rien perdu de sa force initiale.

Stefan Uher �tait alors connu pour une �uvre documentaire de grande qualit�. Ce 2�me film de fiction est un d�tonateur : s�appuyant sur une �quipe des meilleurs talents de l��poque (image, musique�), adaptation des nouvelles d� Alfonz Bedn�r, utilisant des acteurs non-professionnels, le film est imm�diatement condamn� par le r�gime, pour �tre bient�t r�habilit� et f�t� comme un des sommets du cin�ma tch�coslovaque.

Livret : interview de �tefan Uher par A. Liehm / livret de l��dition originale slovaque

Extrait des archives du Festival international de La Rochelle, Hommage � Stefan Uher lors de l'�dition 1991.
Texte d'Eva Hepnerov�-Zaoraleva

Tch�coslovaquie 1962. Les salles de cin�ma passent LE SOLEIL DANS LE FILET, sign� par le sc�nariste Alfonz Bedn�r et le r�alisateur Stefan Uher. L'expression cin�matographique laisse perplexe : s'agit-il d'une nouvelle conception de la cr�ation artistique, ou bien d'un hasard ? Ce film qui marie simplicit� de l'histoire et complexit� des m�taphores arrive au moment o� la ��Nouvelle vague�� du cin�ma tch�que en est � ses balbutiements, de plus, c'est un film slovaque, pays qui n'a pas de ��tradition�� cin�matographique particuli�re.

Stefan Uher, dipl�m� de la FAMU de Prague (c�l�bre universit� de cin�ma), �tait jusqu'alors connu comme auteur de films documentaires. NOUS AUTRES DE LA SECONDE A, son premier film de fiction n'a pas eu beaucoup de succ�s. Il portait pourtant un regard original sur les �mois de la jeunesse ce qui aurait pu �veiller l'attention du spectateur : un cin�aste, Slovaque peut-�tre, mais de talent entrait en sc�ne, talent confirm� par LE SOLEIL DANS LE FILET. Le film d'Uher et de Bedn�r apporte quelque chose de tout � fait nouveau : le lyrisme �vent� fait place aux sentiments vrais, la banale po�sie grandiloquente est remplac�e par des suggestions en pointill�s, et la fin, sans point final ni optimisme est tr�s �loign� des traditionnels happy-end. Le h�ros du film apprend vite que l'Amour avec un grand A est aussi impossible � saisir que LE SOLEIL DANS LE FILET.
Stefan Uher a �t� l'un des premiers cin�astes de la ��Nouvelle vague�� tch�coslovaque � avoir utilis� les moyens du ��cin�ma-v�rit頻 en �vitant l'�cueil de la lourdeur du r�el, et en faisant vibrer la corde sensible par les monologues int�rieurs du h�ros. Il n'a pas h�sit� � m�langer les �l�ments du r�el avec l'irr�el, les valeurs intemporelles et celles d'actualit�. Le th�me de la lutte entre la raison et la passion se d�roule dans un fleuve d'images o� tout est m�taphore, m�me le h�ros de 17 ans (�ge de la R�publique lib�r�e).

Alfonz Bedn�r, auteur de romans et de nouvelles d'une qualit� exceptionnelle, collabore, une fois encore, avec Uher sur le film L'ORGUE (1964). Contrairement au SOLEIL DANS LE FILET qui �tait plut�t une r�flexion sur la raison et les sentiments, L'ORGUE traite d'un sujet de trag�die : la lutte entre l'esprit et le pouvoir. La construction dramatique est tr�s serr�e. L'histoire se d�roule pendant la deuxi�me guerre mondiale, durant ��l'�poque de Tito��. ��L'ORGUE traite cette page d'histoire d'une mani�re originale compar� aux films sur la m�me �poque, films qui ne s'int�ressaient pratiquement qu'au ��Soul�vement National Slovaque��. Uher et Bedn�r jettent un regard sur l'envers du ��d�cor h�ro�que��: les spectateurs peuvent voir le visage cach� d'un �tat satellite du Reich hitl�rien, n� d'une catastrophe brutale qui a d�chir� la R�publique tch�coslovaque. Uher a �t� le premier cin�aste � oser montrer autre chose que la Slovaquie r�sistante, insurg�e et martyre - une Slovaquie de ren�gats, bigots et sp�culateurs, une soci�t� qui cherche ses certitudes dans l'�ph�m�re de son existence, chauvine et raciste. Il n'a certainement pas voulu nier ou d�consid�rer le c�t� h�ro�que de la Slovaquie, il a tout simplement montr� la face cach�e de cette p�riode. ��Pour soigner la plaie suppur�e, il faut l'ouvrir��, se d�fendait-il des attaques de ceux qui l'accusaient de noircir l'histoire de son pays. Uher prend ainsi position contre une vision trop simpliste de l'Histoire. Il conserve ses propres valeurs par rapport � une situation historique. La po�sie de L'ORGUE se d�gage � un autre niveau : l'action dramatique du film commence sur une musique envo�tante de Johann S�bastian Bach. Le pillard Bachnak, ma�tre de chapelle, et le garde Moln�r ressentent le danger d'une mani�re instinctive, tandis que le Sup�rieur du monast�re y voit un alli� puissant capable de r�volutionner le coeur des hommes. La musique devient, sans y toucher, le catalyseur de deux pouvoirs qui s'opposent : le Politique et l'Eglise. L'Histoire devient alors parabole, dont le sens intemporel garde aujourd'hui, toute son actualit� (tentative de r�habilitation de l'existence de l'Etat slovaque ind�pendant...)

L'ORGUE a �t� le premier film de l'histoire de la cin�matographie tch�coslovaque o� l'Art se trouve au centre du conflit dramatique. Stefan Uher a repris ce th�me dans d'autres films. ��Quel espace repr�sente l'Art dans notre r�alit� ?��, demande au d�but de son essai sur Uher le critique slovaque Katarina Hrabovsk�. ��O� se termine son influence ? Quel espace repr�sente la r�alit� dans l'Art ?�� (Voir la revue FILM A DOBA 1967, page 366). Uher r�pond � la premi�re question dans L'ORGUE . Le film LA VIERGE MIRACULEUSE r�pond � la deuxi�me.

LA VIERGE MIRACULEUSE (toujours en collaboration avec Alfonz Bedn�r) est tir� du livre de Dominik Tatarka. L'histoire se passe pendant la p�riode �ph�m�re, mais importante, du surr�alisme slovaque que l'on doit comprendre comme ��l'expression moderne de l'intelligence culturelle�� (Uher). L'�pisode - interdit d'existence pendant des ann�es - a exalt� le cr�ateur qui a trouv� l� le pr�texte � une expression artistique contemporaine en renouant exp�rience pass�e et sentiments actuels. C'est aussi l'occasion de contredire encore le r�alisme socialiste ambiant.
Le r�le principal, Annabel - LA VIERGE MIRACULEUSE, l'inspiratrice de la jeunesse boh�me de Bratislava - n'aime personne et n'est aim�e par personne - dit Katar�na Hrabovsk�. Le personnage d'Annabel �tait incarn� par Jolanta Umecka, com�dienne d�couverte par Polanski (LE COUTEAU DANS L'EAU). Les autres r�les �taient tenus par des com�diens non-professionnels. A la fin du film, Annabel joue une mort symbolique et quitte le groupe parce qu'elle ne veut plus �tre l'objet de leurs jeux : le film fait ainsi la critique du surr�alisme, point final all�gorique � une exp�rience po�tique. L'id�e que la parabole de la r�alit� est plus int�ressante que la r�alit� m�me est pouss�e � l'extr�me. Le spectateur a du mal � s'orienter dans la symbolique complexe du film o� r�alit�, chim�res, r�ves et imaginaire tissent une trame onirique.
Le cin�aste a t�t� du cin�ma exp�rimental, cin�ma pur qui lui a paru ensuite, comme Annabel elle-m�me, sans sens et st�rile. Mais � l'�poque, le film a eu l'importance d'une exp�rience, d�cisive pour la libert� d'expression.

Malheureusement, cette libert� a vite connu les limites impos�es par l'entr�e des ��troupes amies�� en Tch�coslovaquie et par la stagnation de la vie politique et culturelle qui s'en suivit. Les films suivants, TROIS FILLES et LE GENIE que Stefan Uher r�alisa avant la fin des ann�es soixante, disparaissent des salles de cin�ma. Le cin�aste, qui refusa d'�migrer, fut oblig� de travailler dans le champ limit� des sujets autoris�s. L'un de ces sujets, le Soul�vement national slovaque, inspire plusieurs films d'Uher, r�alis�s dans les ann�es 70 (SI J'AVAIS UN FUSIL, LA VALLEE et UNE GRANDE NUIT ET UN GRAND JOUR). En collaboration avec Alfonz Bedn�r (qui participait �galement au dernier film de sa ��trilogie de guerre��), Uher essaie de fuir la triste r�alit� du quotidien au travers des ballades populaires slovaques (L'ERABLE ET JULIANA). Cela lui permet un retour partiel vers la po�tique de l'expression m�taphorique de la r�alit�.
Bien que Stefan Uher soit l'un des meilleurs cin�astes slovaques, ses films des ann�es soixante-dix (SI J'AVAIS UN FUSIL, PENELOPE, LES TEMPS DORES, LES TEMPS DORES et LES COPINES) t�moignent des compromissions oblig�es avec la censure.

Les ann�es quatre-vingt repr�sentent un certain renouveau. Pour Uher c'est un ��deuxi�me souffle��. Apr�s LA FAUCHAISON DE LA PRAIRIE DES VAUTOURS qui met en sc�ne les conflits de g�n�ration chez les paysans, c'est ELLE FAISAIT PAITRE DES CHEVAUX SUR LE BETON, autre tableau de la campagne slovaque avec des �l�ments tragicomiques. Ce film a �t� r�alis� en collaboration avec l'auteur-com�dienne Milka Zimkov�. C'est le portrait d'une soci�t� et d'un syst�me au travers d'une mosa�que d'histoires qui d�voilent la mentalit� paysanne. Dans le m�me temps, Uher dessine un extraordinaire portrait de femme, une femme simple, �cras�e par son destin. Il nous fait d�couvrir la paysannerie slovaque dans toute son authenticit�, enracin�e dans la terre, et bien loin du monde "moderne" et de la consommation.

Dans LE SIXIEME MOUVEMENT, il aborde pour la premi�re fois la fin du 19e si�cle : le sc�nario de jeunes auteurs s'inspire de l'�uvre prosa�que de Bozena Slanc�kov� (1867-1951), figure importante de la renaissance nationale slovaque. Le film est ax� - sans sentimentalisme et avec une grande acuit� - sur un personnage f�minin (incarn� par la com�dienne hongroise Erika Oszda). Au travers du destin de cette femme, c'est toute la Slovaquie de la fin du 19e qui d�file : Uher a su capter l'atmosph�re���fin de si�cle��, l'�volution de mentalit�s et du style de vie propre � cette �poque. En ce sens, LE SIXIEME MOUVEMENT d�borde largement les biographies conventionnelles, et c'est une perle rare de la cin�matographie slovaque.
L'ADMINISTRATEUR DU MUSEE DE SKANSEN nous ram�ne � l'�poque contemporaine. C'est une r�flexion �thique et �cologique bas�e sur la vie d'un homme qui abandonne carri�re et nie mondanit� pour retrouver la force de l'existence dans la simplicit� et l'authenticit�.
Le nom de Stefan Uher restera tout de m�me profond�ment li� aux ann�es soixante. Au travers de ce cin�aste, le film slovaque a pu se d�barrasser de la f�rule pragoise, a trouv� une identit� et une place de premier plan. Uher, comme d'autres de ses contemporains - Stanislav Barab�s, Martin Holly, Peter Solan ou de plus jeunes - Juraj Jakubisko - ont su tirer la cin�matographie slovaque de la gangue stalinienne. Ils ont su d�passer les limites provinciales et faire du cin�ma slovaque un cin�ma � part enti�re.

lien: http://www.festival-larochelle.org/festival-1991/stefan-uher

"T�moignage pr�cieux de l�effervescence artistique et politique en Tch�coslovaquie au d�but des ann�es 60 , ce film tr�s nouvelle vague impressionne par sa virtuosit� formelle mais d�gage aussi un charme v�ritable. "A VOIR A LIRE




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Le Soleil dans le filet
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