LES MOUETTES MEURENT AU PORT

De : Rik Kuyers, Ivo Michiels & Roland Verhavert

Avec : Julien Schoenaerts, Dora van der Groen, Tine Balder,
Belgique, 1955, PAL, 16/9 - 82 min
toutes zones, N&B, dolby digital 2.0


Indisponible à la vente actuellement


Titre original: MEEUWEN STERVEN IN DE HAVEN
Titre anglais : SEAGULLS DIE IN THE HARBOUR

Lyrisme urbain stylisé du trio Rik Kuypers (cinéaste amateur), Roland Verhavert (critique de cinéma) et Ivo Michiels (écrivain et critique de cinéma). Pour la première fois dans l'histoire du cinéma flamand, des auteurs font preuve d'une recherche formelle et affichent leur appartenance à un courant international. Le film se déroule dans le décor du port et de la ville d'Anvers. Il raconte l'errance d'un personnage écorché qui ne peut compter que sur la compréhension d'une jeune orpheline et de deux femmes désillusionnées.

Langues: français, néerlandais
Sous-titres: français, néerlandais, anglais

Compléments :
documentaire
· LES ARCHIVES LES MOUETTES MEURENT AU PORT (39 min.)

Courts métrages :
· LE LIEUTENANT (Roland Verhavert, 1964)
· ET MAINTENANT, VIEIL HOMME ? (Roland Verhavert, 1963)

Bandes-annonces :
· LES MOUETTES MEURENT AU PORT
· LES ADIEUX (1966)

Dans notre série de DVD Chronique du cinéma flamand 1955-1990, LES MOUETTES MEURENT AU PORT occupe une place particulière. Rien que parce que c'est ce titre qui ouvre chronologiquement la série, preuve de l'importance que nous accordons implicitement à ce film dans le cinéma flamand d'après-guerre. Est-ce pour autant qu'il n'y avait pas de cinéma en Flandre avant 1955? Il faut chercher la réponse à cette question dans le documentaire qui figure en supplément sur le DVD.

LES ARCHIVES LES MOUETTES MEURENT AU PORT débutent en 1945. La guerre terminée, le pays est économiquement en ruine. La situation est également troublée sur le plan moral et politique. Une grande partie de la population flamande, à commencer avec les activistes du mouvement flamand a ouvertement sympathisé avec le régime nazi pendant la guerre. A la Libération, chacun, y compris dans le monde culturel a eu des comptes à rendre sur son « passé de guerre ».

Jan Vanderheyden, l'auteur de FILASSE DE SICHEM en 1934, disparaît derrière les barreaux pour cause de collaboration économique. Et comme Vanderheyden est à peu de choses près le seul producteur avec une production régulière, le cinéma flamand est plus ou moins paralysé après-guerre. Mais pas entièrement. On tourne toujours des documentaires, en général des films de commande pour des entreprises, pour des associations ou les institutions. Des noms comme Haesaerts, Cauvin, Storck, Dekeukeleire sont connus jusqu'au-delà de nos frontières. A côté de cela, se développe à grande échelle un cinéma amateur, qui ne fait pas qu'immortaliser des réunions de famille, mais qui va du petit reportage aux moyens ou long métrages. Et souvent avec d'énormes ambitions, même si elles ne sont pas souvent réalisées. Une poignée de projets plus professionnels, comme Baas Ganzendonck de Gaston Ariens, attirent à peine l'attention du public. Cela se comprend, car après la guerre, la Flandre est inondée de productions étrangères, surtout américaines, qui n'ont pu être montrées en Europe pendant les années d'occupation. Le public flamand en est friand. Les salles de cinémas affichent complet, mais pas pour des productions belges ou flamandes, à peu près inexistantes.
A partir de 1952, la situation évolue, car en partie sous l'influence des premières mesures de soutien économique au cinéma belge, le vaudeville anversois de Vanderheyden et Kiel reprend du poil de la bête. Leurs films sortent dorénavant sous le nom d'Edith Kiel, vu le passé de collaborateur de Vanderheyden. Et tout comme avant la guerre, ces productions attirent le grand public dans la région anversoise, ce qui encourage des cinéastes Joris Diels et Jef Bruyninckx à suivre leur exemple. D'autres cinéastes, comme Verhavert, Kuypers et Michiels, tentent d'explorer des voies nouvelles.
Roland Verhavert et Ivo Michiels sont tous deux actifs dans la critique cinématographique. Verhavert compte parmi les pères de la télévision en Belgique (1953): il y réalise et présente l'émission de cinéma « Première ». Ivo Michiels tient la rubrique cinéma dans « Het Handelsblad ». Le troisième cinéaste de LES MOUETTES MEURENT AU PORT est un cinéaste amateur, Rik Kuypers, petit-fils de Hendrik Kuypers, compagnon de la première heure de Lieven Gevaerts, le pionnier anversois de l'industrie de la pellicule photographique et cinématographique. Le résultat de leur aventure commune doit clairement beaucoup à certains grands exemples de l'histoire du cinéma. Comme par exemple JEUX INTERDITS de René Clément, et à ODD MAN OUT et THE THIRD MAN de Carol Reed. Cela n'empêche: ce film a laissé une forte impression sur la critique et le public. Tant sa thématique que son style marquent l'arrivée en Flandre d'une nouvelle sensibilité au cinéma, plus internationale. Plusieurs critiques saluent sans réserve LES MOUETTES MEURENT AU PORT comme le « premier film flamand », voire le « premier film belge ». Le traumatisme de la guerre, qui est au centre du récit de LES MOUETTES MEURENT AU PORT est un thème récurrent dans l’œuvre littéraire d'Ivo Michiels des années 50 ainsi que dans son premier roman entièrement expérimental « Les Adieux » , qui sera porté à l'écran dix ans après LES MOUETTES MEURENT AU PORT. Le sentiment existentialiste et la forme moderniste sont particulièrement poussés dans ce film. Verhavert mettra fin à cette période en 1972 en changeant radicalement d'esthétisme avec le film ROLANDE MET DE BLES à la liste. Plus de détails dans le documentaire inclus sur le DVD DE LOTELING (LE CONSCRIT) consacré à l’œuvre ultérieure de Verhavert.

Erik Martens