MALPERTUIS

De : Harry Kümel

Avec : Orson Welles, Susan Hampshire, Michel Bouquet, Mathieu Carrière, Jean-Pierre Cassel, Sylvie Vartan, Johnny Hallyday
Belgique, 1973, PAL, 16/9 - 119 + 107 min
toutes zones, couleur, dolby digital 2.0


Indisponible à la vente actuellement


Grande fresque baroque tirée du roman homonyme de Jean Ray. Dans la demeure de Malpertuis, Cassave, vieillard fabuleux (rôle d'Orson Welles) retient enfermés les dieux de l'Olympe incarnés par des figures humaines. Le montage du film a connu un parcours assez malheureux qui a abouti à deux versions différentes : une version pour le festival de Cannes 1972 (anglais et français), montée par Richard Marden et une version Harry Kümel 1973, montée par le metteur en scène lui-même. Les deux versions figurent sur ce DVD. Dans les rôles principaux : Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel, Susan Hampshire dans trois rôles et Mathieu Carrière interprétant le neveu d'Orson Welles et le héros du film.

DVD 1
Long métrage MALPERTUIS (119')
Langue : néerlandais
Sous-titres : français, néerlandais, anglais

DVD 2
Long métrage MALPERTUIS (version Cannes - anglais, 107')
Long métrage MALPERTUIS (version Cannes - français, 107')
Langues: français, néerlandais, anglais

Compléments :

DVD 1
Documentaires :
LES ARCHIVES MALPERTUIS (37')
ORSON WELLES UNCUT (25')
SUSAN HAMPSHIRE, ONE ACTRESS, THREE PARTS (11')
MALPERTUIS REVISITED (4')
JEAN RAY, JOHN FLANDERS (7')
Commentaire audio de Harry Kümel néerlandais - français - anglais (119')

DVD 2
Bande-annonce de MALPERTUIS (1973)
Courts métrages : AETHER (Harry Kümel & Herman Wuyts, 1960, 7'), LE GARDIEN DU TOMBEAU (téléfilm de Harry Kümel réalisé pour la BRT, basé sur Kafka, 1965, 35', sans sous-titres)

Toute bonne série de DVD d'histoire du cinéma se doit de replacer les films dans leur contexte, avec les références stylistiques et thématiques nécessaires, une catégorisation des auteurs en écoles et en générations. Pour MALPERTUIS, ce dernier critère est relativement aisé. Nous savons que Harry Kümel est né le 27 janvier 1940, soit quelques années trop tôt pour bénéficier d'une formation dans une école de cinéma en Flandre. Kümel est un autodidacte, exactement comme un Roland Verhavert (1927) ou un Robbe De Hert (1942). Le jeune Harry Kümel fait connaissance avec le cinéma par le circuit amateur. Tout d'abord en s'armant de la caméra de son père, ensuite par le Smalfilmclub de Mortsel et le groupe Film 58, plus ambitieux avec des ambitions semi-professionnelles et qui le mène en compagnie d'autres membres du club à la télévision. Il a collaboré entre autres avec Herman Wuyts, au programme de Cinéma Première. Il a aussi réalisé des séries dramatiques télévisées et des documentaires prestigieux, tournés en 35 mm. Les longs métrages suivront.

La trame semble aller d'elle-même, mais à MALPERTUIS, les impressions sont trompeuses. Plus on approche de MALPERTUIS, plus la confusion s'installe. Ceci commence avec le titre : comment le prononcer ? A la flamande comme l'allusion à Reynaert de vos le suggère ou à la française ?

Les habitants de cette maison maudite semblent avoir choisi cette seconde option, même dans la version postsynchronisée en néerlandais, aussi bizarre que cela paraisse. Mais une fois le film sorti, cette prononciation à la française, retenue dans les versions française et anglaise, s'estompe : dans les nombreux bonus de ce DVD, on peut entendre le réalisateur ou d'autres interviewés néerlandophones utiliser et mélanger un peu toutes les variantes…

Le film lui-même sème assez bien la confusion. MALPERTUIS, ce n'est pas un film, mais deux : la première version a été montrée en mai 1972 à Cannes. Elle dure 107 minutes (à 25 images par secondes sur ce DVD) et a été montée par le monteur britannique Richard Marden. De cette version existe une bande sonore anglaise et française. Dans la version anglaise, on peut entendre la voix d'Orson Welles, dans la version française, les acteurs français parlent leur propre langue. Cette première version franco-anglaise fut mal reçue à Cannes. Selon le réalisateur, à cause du montage catastrophique de Richard Marden. Peut-être aussi parce que le film est complètement incompréhensible. Harry Kümel ne se retrouvait donc pas dans la version de Cannes de Richard Marden et a obtenu du producteur de pouvoir lui-même procéder au montage de la version en néerlandais, nécessaire à cause des subsides de la Communauté flamande. Pendant six mois, Harry Kümel s'est isolé à Bruxelles dans les locaux de la production pour remonter une nouvelle version de MALPERTUIS, en néerlandais. Il a réalisé la postsynchronisation lui-même, en prêtant sa voix à pas moins de six personnages. Cette deuxième version est totalement différente de la première, comme il l'explique fort bien dans les commentaires audio. Même le générique est différent.

Pour Harry Kümel, pas de doute, « sa » version en néerlandais, c'est le seul vrai MALPERTUIS. Du point de vue de l'histoire du cinéma, il nous a paru intéressant de faire figurer à côté de la version officielle une autre, totalement inédite. Non seulement parce qu'il s'agit d'une curiosité unique et parce qu'on y entend Orson Welles parler avec sa vraie voix mais surtout parce que les différences sont tellement révélatrices du propre style spécifique de Kümel.

Avec ce double DVD qui n'a été rendu possible qu'avec le concours de la maison de production de MALPERTUIS, Sofidoc, nous avons résolument opté pour l'ambiguïté. Nous avons fait ce choix car le mystérieux, l'absence d'évidence directe est un élément essentiel du reste de l'œuvre de Kümel. Et d'ailleurs, il n'y a pas que dans ses films que Kümel ne se laisse pas facilement définir : ailleurs aussi. Il considère avec suspicion toute interprétation ou contextualisation.

Ainsi en se penchant sur la filmographie du cinéaste, on remarque que ses premiers longs métrages jonglent avec le genre fantastique: le flirt est encore subtil dans MONSIEUR HAWARDEN, il devient évident avec DAUGHTERS OF DARKNESS (LES LEVRES ROUGES), baroque dans MALPERTUIS et enfin quasi académique (suivant les règles du réalisme magique) dans la série télévisée LA VENUE DE JOACHIM STILLER. Si l'on écoute Kümel, il s'agit ici de simples coïncidences, d'apparences. Le contenu, la thématique, l'intrigue appartiennent au domaine de l'anecdote dans un film pour Kümel. Les critiques s'en préoccupent, mais en réalité, ils sont sans importance aucune pour l'existence d'un film. Il est encore plus périlleux de situer Kümel dans le contexte de la production cinématographique flamande de cette période. MONSIEUR HAWARDEN pouvait encore s'expliquer d'une certaine manière comme une adaptation à l'écran de littérature flamande (si du moins on fait abstraction des préoccupations formelles et du « mystère » qui y est mis en scène). Pour DAUGTHERS OF DARKNESS et MALPERTUIS, de prime abord, les points de repère semblent encore plus manquer. On retrouve bien dans DAUGTHERS OF DARKNESS quelques affinités avec les bravades de Paul Collet et Pierre Drouot qui venaient de réaliser leur film à scandale L'ETREINTE.

Mais dans le cas de MALPERTUIS, on ne trouve rien qui puisse indiquer une quelconque continuité avec ce qui se produit comme longs métrages en Flandre à ce moment (nous sommes au début des années 70). Le cinéma flamand était alors dominé par le drame paysan, fort prisé au grand écran après le succès de MIRA en 1971. C'est aussi l'époque de la contestation, qui se fait aussi parfois sentir dans les films historiques, les drames paysans. Et à cet égard, MALPERTUIS fait figure d'ovni.

En ce qui concerne la production, MALPERTUIS devait à l'origine se contenter du schéma financier réservé aux longs métrages flamands classiques, mais sous l'impulsion de la maison de production Sofidoc, dont Pierre Levie était devenu le principal actionnaire, le film a pu développer une construction financière qui en fait un méga-projet aux normes de l'époque, avec un budget d'environ 35 millions de francs belges, soit un peu moins d'un million d'euros.

Le concept d'une production résolument internationale n'était pas nouveau. Pour DAUGTHERS OF DARKNESS (LES LEVRES ROUGES), ce plan avait fonctionné à merveille et on pouvait donc réutiliser la formule de façon encore plus ambitieuse. L'affiche très internationale avec en tête Orson Welles, Susan Hampshire, Mathieu Carrière et Michel Bouquet se complétait d'une équipe de prestige avec des collaborateurs artistiques tels que Jean Ferry, Georges Delerue et surtout le directeur photo britannique Gerry Fisher, célèbre pour son travail avec Joseph Losey. Ces hautes ambitions internationales semblaient vouloir faire oublier au spectateur le plus rapidement possible la réalité locale, et l'emmener à un niveau supérieur où la réalité se dissout dans le cinéma pur, où les acteurs ne sont pas des acteurs, mais des stars qui les font rêver.

Malgré cela, les films de Kümel ne sont pas synonymes de rêves, car pour lui le vrai cinéma doit être un média conscientisé. Le cinéaste américain Josef von Sternberg, auquel il a consacré un long documentaire en 1969 et à qui est dédié son premier film MONSIEUR HAWARDEN en 1969, partage très certainement ce point de vue.

Le film MALPERTUIS lui-même n'en constitue pas moins toujours une énigme. Comment comprendre ce film? Le fil de l'histoire est insaisissable, flamboyant et grotesque: un patriarche enlève les dieux sur une île grecque pour les mener à Gand et Bruges et créer une race supérieure, mais tout ce qu'il réussit à faire, c'est déchaîner une dispute familiale sans nom. Tout cela trouve ses racines (comme dans le roman de Jean Ray naturellement) dans la mythologie classique, tout en y associant sans chichis toute une série d'autres mythologies, comme celle du nazisme par exemple. Rien moins que cela. Cette approche n'est pas étrangère au fétichisme du réalisateur pour la réalité : Kümel est au moins un mythomane, mais dans cette mythomanie, il a plus d'un tour dans son sac. Son royaume ou son théâtre sont un grand bazar, fait de tout et de n'importe quoi : art et kitsch, discours intellectuel et gouaille populaire, tabous et clichés, symbolique pesante et blagues éculées, on trouve vraiment de tout. Le film est sérieux à mourir, bardé de références cinéphiles et prétend en même temps à la plus grande légèreté. Le spectateur devra faire le tri et trouver son chemin dans ce labyrinthe. Pour l'y aider, les nombreux bonus offerts sur ce double DVD lui fourniront matière à réflexion.

« Meilleure galette numérique de l'année » Julien Comelli

« Une édition DVD aussi soignée que riche en suppléments… Un travail historique et d'analyse exemplaire » LE VIF / L'EXPRESS

"Meilleure galette numérique de l'année" Julien Comelli

"Une édition DVD aussi soignée que riche en suppléments… Un travail historique et d'analyse exemplaire" Le Vif/L'Express